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Ferima Ghilat Coulibaly, l’entrepreneure qui transforme les fruits ivoiriens en richesses locales

  • vaboua
  • 14 juil. 2025
  • 8 min de lecture
Un baobab, souvent appelé "arbre de vie" pour ses multiples usages, dont les fruits riches en nutriments sont au cœur de l'innovation de Marife.
Ferima Coulibaly Ghilat
Ferima Coulibaly Ghilat

Valoriser les ressources agricoles ivoiriennes : un enjeu national


La Côte d’Ivoire est l’un des géants agricoles d’Afrique, exportant massivement cacao, noix de cajou, hévéa et bien d’autres produits bruts. Pourtant, cette position de « grenier » s’est longtemps accompagnée d’une surdépendance aux exportations de matières premières non transformées, avec une faible valeur ajoutée locale à la clé. Historiquement, l’essentiel des récoltes partait à l’étranger pour y être transformé, privant le pays d’opportunités d’emplois industriels et de revenus additionnels. Des progrès récents montrent toutefois un changement de cap : par exemple, le taux de transformation locale du cacao ivoirien est passé d’environ 31% en 2017 à plus de 40% de la production en 2022, signe d’une industrialisation naissante dans la filière. Le gouvernement vise même 100% de transformation locale du cacao d’ici 2030, conscient que chaque étape de transformation réalisée sur place augmente la valeur ajoutée locale et crée des emplois pour la jeunesse.

Au-delà des cultures de rente comme le cacao ou l’anacarde, de nombreuses ressources agricoles locales restent sous-exploitées sur le territoire. Fruits tropicaux, plantes nutritives et autres produits du terroir sont souvent consommés frais ou peu valorisés, voire perdus faute de débouchés de transformation. C’est un gisement de richesses inexploitées : transformer localement ces ressources permettrait non seulement de diversifier l’économie ivoirienne, mais aussi de réduire le gaspillage et de s’inscrire dans une dynamique d’économie circulaire. Celle-ci vise à réutiliser les matières et minimiser les déchets à chaque étape, un modèle particulièrement pertinent pour l’agro-industrie. C’est dans ce contexte de défi national – “produire ici ce que nous consommons” – qu’émergent de nouveaux entrepreneurs visionnaires. Parmi eux, Ferima Ghilat Coulibaly s’illustre comme une pionnière, en faisant le pari audacieux de transformer les fruits ivoiriens sur place et d’en révéler tout le potentiel.


Ferima Coulibaly, de la vision à l’action entrepreneuriale


Ferima Ghilat Coulibaly est l’une de ces figures montantes engagées dans la transformation agroalimentaire locale. En 2019, forte d’une conviction et d’une passion, elle a fondé STFCI (Structure de Transformation et de Formation Côte d’Ivoire), une entreprise spécialisée dans la transformation agroalimentaire et la formation des jeunes dans ce domaine. À travers STFCI, Ferima développe et commercialise les produits de sa marque Marife, qui incarnent sa vision d’une valorisation locale des richesses agricoles.

L’idée de départ de Ferima Coulibaly est simple et ambitieuse : redonner de la valeur aux produits locaux que l’on sous-estime ou gaspille. Elle s’est particulièrement intéressée à un arbre emblématique d’Afrique, le baobab, dont le fruit est très nutritif mais peu exploité à grande échelle en Côte d’Ivoire. « Je ne pouvais pas accepter que nos fruits locaux soient si peu valorisés. Il fallait agir pour les transformer ici, chez nous, et créer de la valeur pour nos communautés », confie l’entrepreneure. Son engagement est aussi personnel : enfant, Ferima se souvenait s’être régalée de pulpe de baobab – parfois appelée pain de singe – une gourmandise naturelle prisée autrefois. Cette madeleine de Proust tropicale l’a inspirée. « Je veux raviver les souvenirs d’enfance des Ivoiriens à travers ces saveurs authentiques, tout en montrant qu’elles peuvent être à la base de produits innovants et bénéfiques pour la santé », explique-t-elle avec passion, résumant l’esprit de Marife.

Mais l’ambition de Ferima va au-delà de la nostalgie gourmande. Son projet vise également à répondre à des enjeux sociaux et économiques. En transformant localement des matières premières comme le baobab, elle entend créer des emplois locaux, stimuler l’entrepreneuriat et former une nouvelle génération aux métiers de l’agroalimentaire. C’est là qu’intervient la dimension « formation » de STFCI : Ferima intègre dans son entreprise un volet de transfert de compétences. Des stagiaires et jeunes diplômés sont accueillis dans son unité de production pour apprendre les techniques de transformation agroalimentaire, de la pasteurisation des jus à la fabrication de confiseries. « Former les jeunes à la transformation, c’est leur donner les moyens de bâtir l’avenir ici même », affirme-t-elle. Ce double rôle de cheffe d’entreprise et de formatrice illustre son engagement global : entreprendre, oui, mais en embarquant d’autres dans l’aventure pour un impact démultiplié.


Baojus et Baobon : innover en valorisant le baobab


Pour matérialiser sa vision, Ferima Ghilat Coulibaly a créé une gamme de produits innovants à base de fruits locaux, avec en vedette le baobab. Le choix de ce fruit n’est pas anodin. Le baobab, surnommé arbre de vie, produit une coque renfermant une pulpe blanche aux propriétés extraordinaires. Extrêmement riche en vitamine C, calcium, potassium, fibres et antioxydants, le fruit du baobab est un véritable super-aliment – il contient par exemple six fois plus de vitamine C qu’une orange et deux fois plus de calcium que le lait. Autant de vertus gustatives et thérapeutiques que Ferima souhaite mettre en lumière à travers des produits modernes et attrayants.


Le premier né de la gamme Marife est le Baojus, un jus naturel énergisant élaboré à partir de pulpe de baobab et d’autres fruits locaux. Légèrement acidulé et rafraîchissant, le Baojus offre une nouvelle façon de consommer le baobab en boisson. « Après le Baobon, le bonbon au baobab, Marife vous propose Baojus, le jus de baobab aux fruits – énergisant, tonifiant, revitalisant », annonçait fièrement la marque lors du lancement sur les réseaux sociaux. En effet, Ferima n’a pas tardé à diversifier son offre avec le Baobon, une confiserie inspirée du bonbon traditionnel au baobab. Revisitant cette friandise d’antan, elle en a fait un bonbon naturel sans colorants artificiels, qui conserve le goût légèrement acidulé du baobab adouci par d’autres saveurs fruitées. Ces produits phares – Baojus et Baobon – incarnent la philosophie de Marife : puiser dans le patrimoine gustatif ivoirien pour créer des produits sains, savoureux et commercialisables à grande échelle. À leurs côtés, la gamme comprend aussi des compléments alimentaires sous forme de poudre de fruits (baobab, néré, etc.), destinés à enrichir l’alimentation quotidienne en nutriments locaux. L’ensemble des ingrédients est soigneusement sourcé en Côte d’Ivoire, depuis la pulpe de baobab jusqu’au cacao local qui entre dans certaines recettes, en passant par d’autres fruits tropicaux. Ferima offre ainsi aux consommateurs une nouvelle façon de consommer les fruits locaux, en mettant en avant leurs bienfaits nutritionnels de manière gourmande et pratique.


Ces innovations n’ont pas tardé à attirer l’attention. En 2021, l’entreprise Marife a remporté le premier prix (ex æquo) lors d’un concours national d’entrepreneuriat agroalimentaire organisé par l’IECD et la fondation Louis Dreyfus. Le jury a salué le caractère original et prometteur des confiseries naturelles à base de baobab proposées par Ferima. Cette distinction a conforté la jeune femme dans son intuition que le baobab et d’autres fruits du terroir ont un fort potentiel commercial une fois transformés localement. Surtout, elle a démontré que l’innovation peut rimer avec tradition et identité locale.


Une approche circulaire et durable au service de la communauté


Au-delà des produits, ce qui distingue Ferima Ghilat Coulibaly est son approche globale de l’économie circulaire. Toute la chaîne de production est pensée pour maximiser les retombées positives et minimiser le gaspillage. Local, durable, inclusif : tels pourraient être les maîtres-mots de Marife.


D’abord, local, car Ferima travaille main dans la main avec des producteurs ivoiriens pour s’approvisionner en matières premières. Elle a noué des partenariats avec des coopératives rurales qui récoltent le baobab dans le nord du pays, ainsi qu’avec des planteurs de cacao et autres producteurs de fruits. En achetant sa matière première directement aux agriculteurs locaux, elle leur garantit un débouché stable et une meilleure rémunération que la vente informelle. Cette intégration verticale assure également une traçabilité et une fraîcheur optimale des ingrédients.


Ensuite, durable, car rien ne se perd dans le processus de Ferima. Une fois la pulpe de baobab extraite pour les jus et bonbons, les fibres et graines restantes ne finissent pas à la poubelle : elles sont réutilisées. Les graines de baobab, par exemple, peuvent être pressées pour en extraire une huile riche utilisée en cosmétique, ou encore torréfiées et moulues pour servir d’ingrédient à haute teneur protéique. Les coques vides, elles, rejoignent le compost qui fertilise de nouveaux semis. « Notre modèle est circulaire : nous cherchons à valoriser chaque partie du fruit, afin de minimiser les déchets », explique Ferima Coulibaly. De plus, la production locale permet de réduire l’empreinte carbone liée au transport de marchandises lourdes ou volumineuses à l’étranger. Plutôt que d’exporter des tonnes de fruits bruts pour les réimporter transformés, Marife transforme sur place et écoule une partie de sa production sur le marché ivoirien, rapprochant ainsi producteurs et consommateurs.


Enfin, inclusif, car l’initiative de Ferima implique et profite à la communauté locale à plusieurs niveaux. Son entreprise, bien que de taille encore modeste, a déjà créé des emplois directs : une petite équipe (majoritairement composée de jeunes et de femmes) fait tourner l’atelier de transformation à Abidjan. Par ailleurs, grâce à la composante formation de STFCI, des dizaines de jeunes ont pu être formés aux techniques agroalimentaires, augmentant leur employabilité. Certains ont été embauchés par Marife, d’autres ont acquis assez de savoir-faire pour lancer à leur tour de micro-projets de transformation artisanale dans leur région d’origine. Ferima s’en réjouit : « Voir d’anciens stagiaires voler de leurs propres ailes et valoriser à leur tour nos produits agricoles, c’est ma plus belle récompense. » Son action contribue également à sensibiliser la population à la consommation locale. En proposant des jus et friandises « made in Côte d’Ivoire », elle montre qu’il est possible de manger ivoirien tout en se faisant plaisir et en prenant soin de sa santé. Cela participe à changer les mentalités sur la valeur de ce qui est produit localement.


Des impacts concrets et une ambition assumée pour l’avenir


En quelques années, Ferima Ghilat Coulibaly a démontré qu’une autre voie est possible pour l’agro-industrie ivoirienne. Économiquement, ses activités commencent à porter fruit : Marife écoule régulièrement ses Baojus et Baobon sur le marché local, dans certaines boutiques spécialisées et lors de foires agroalimentaires. Les revenus générés, encore modestes, sont réinvestis pour augmenter la capacité de production et explorer de nouvelles idées de produits. L’entreprise bénéficie également du soutien d’organismes d’appui : son intégration à la première cohorte de la WIC Académie (Women’s Investment Club Côte d’Ivoire) lui a permis de bénéficier de mentorat et de conseils pour structurer sa jeune entreprise.


Socialement, l’impact se mesure en trajectoires changées : les producteurs de baobab partenaires voient leur travail mieux valorisé, les jeunes formés par STFCI gagnent en compétences et en perspective d’emploi, et les consommateurs découvrent des alternatives locales aux produits importés. Dans son ensemble, l’initiative de Ferima contribue à renforcer la résilience des communautés rurales (en diversifiant leurs sources de revenus) et à promouvoir l’entrepreneuriat féminin dans un secteur traditionnellement dominé par les hommes.

Malgré ces succès prometteurs, Ferima Coulibaly garde les yeux rivés vers l’avenir et les défis à venir. Certifier ses produits est l’une de ses priorités à court terme. Elle vise notamment des certifications de qualité et d’hygiène aux normes internationales (HACCP, ISO) afin de garantir l’excellence de ses jus et confiseries, et de pouvoir accéder à de plus larges marchés. « Notre objectif est d’obtenir des certifications reconnues, gage de qualité exceptionnelle, pour rassurer les consommateurs et conquérir de nouveaux débouchés », affirme-t-elle. Ferima ambitionne en effet de développer la marque Marife bien au-delà des frontières ivoiriennes. Des démarches sont en cours pour exporter ses poudres de fruits et confiseries vers d’autres pays de la sous-région ou même en Europe, où le baobab commence à être prisé comme super-aliment. Elle envisage également d’élargir sa gamme en explorant d’autres trésors botaniques ivoiriens encore méconnus. Après le baobab et le néré, pourquoi ne pas valoriser le moringa, le tamarin ou le bissap sous de nouvelles formes ? L’innovation reste au cœur de sa démarche.


Ferima Ghilat Coulibaly se veut aussi ambassadrice d’un changement de paradigme. À travers son parcours, elle souhaite inspirer d’autres entrepreneurs à se lancer dans la transformation locale et l’économie circulaire. « Si chacun de nous ajoute de la valeur à une matière première d’ici, même modestement, c’est toute notre économie qui montera en gamme », aime-t-elle rappeler. Son histoire, racontée avec un ton à la fois informatif et vivant, résonne comme un témoignage d’espoir : celui d’une Côte d’Ivoire qui se transforme, littéralement et figurativement, grâce à des initiatives pionnières comme Marife. Et à voir l’enthousiasme et la détermination de Ferima Coulibaly, nul doute que l’on n’a pas fini d’entendre parler de ses jus de baobab et de ses bonbons 100% locaux – des produits qui symbolisent à la fois le retour aux sources et l’élan vers un avenir plus durable et prospère pour l’économie ivoirienne.



 
 
 

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